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Jueves, 31 Enero 2013

Appel universel à la sainteté

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Appel universel à la sainteté

 

Un jour, saint Josémaria Escriva, après avoir rappelé ce verset de la lettre aux Éphésiens (1, 4) : « elegit nos ante mundi constitutionem ut essemus sancti et immaculati in conspectu eius », qu'il traduisit aussitôt – le Seigneur nous a choisis en lui-même, dès avant la création du monde, pour être saints et sans tache en sa présence –s'écria de la voix forte et claire qui le caractérisait : « Tout est dit[1] ». Saint Josémaria exprimait ainsi que l’appel universel à la sainteté était la substantifique moelle du message qu’il devait annoncer.

Déjà le peuple d’Israël, certes, se savait appelé à la sainteté, car Dieu est saint (cf. Lv 19, 2). Ce n’est toutefois qu’après des siècles qu’un grand chemin s’ouvrirait, grâce à la venue du Messie et à l’incarnation du Seigneur. Quel est le chemin ? C’est la question de l’apôtre Thomas posa au Christ. « Je suis le chemin, la vérité et la vie – lui répondit Jésus – ; nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14, 6). Par le baptême, tout chrétien est appelé à la sainteté et à l’apostolat en s’incorporant à la vie du Christ : chaque chrétien et tous les chrétiens de toutes les époques. L’appel universel à la sainteté, affirmation centrale dans l’Évangile, illumine toute la vie d’une lumière décisive. Cet appel fut prêché par saint Josémaria dès 1928, non sans une grâce particulière de Dieu. Le Concile Vatican II l’a solennellement proclamé : « l’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quel que soit leur état ou leur forme de vie ; dans la société terrestre elle-même, cette sainteté contribue à promouvoir plus d’humanité dans les conditions d’existence. Les fidèles doivent s’appliquer de toutes leurs forces, dans la mesure du don du Christ, à obtenir cette perfection, afin que, marchant sur ses traces et se conformant à son image, accomplissant en tout la volonté du Père, ils soient de toute leur âme voués à la gloire de Dieu et au service du prochain[2] ».

 

1. Dieu seul est saint

« Tu solus Sanctus, tu solus Dominus, tu solus Altissimus, Iesu Christe, cum Sancto Spiritu: in gloria Dei Patris » : « toi seul es saint, toi seul es Seigneur, toi seul es le Très-Haut, Jésus Christ, dans la gloire de Dieu le Père ». En proclamant la divinité de Jésus Christ, le Gloria affirme que Dieu seul est saint. En toute rigueur, nul n’est saint ici-bas, car nous sommes tous en chemin vers cette sainteté que Dieu veut nous communiquer. Jésus Christ a lancé cet appel avec ces mots : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). Saint Paul recueille cet enseignement lorsqu’il écrit à Timothée que Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4). Perfection, salut éternel, vérité, autant de concepts qui renvoient à Dieu, le seul trois fois saint selon le superlatif absolu hébreu (cf. Is 6, 3). En ce sens, la sainteté est une participation à la vie de Dieu. Dieu veut que nous jouissions de sa sainteté. C’est l’œuvre de Dieu, qui compte sur la réponse personnelle de l’homme. « Certes, il s'agit d'un objectif élevé et ardu. Mais ne perdez pas de vue que personne ne naît saint ; le saint se forge au jeu continuel de la grâce divine et de la réponse de l'homme[3]. »

Dans sa première lettre aux Thessaloniciens, le plus ancien texte du Nouveau Testament, saint Paul exhorte ceux qui étaient fraîchement convertis et qu’il avait commencé à former alors qu’ils étaient persécutés : « Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification » (1 Th 4, 3). Semblable affirmation pourrait faire peur. Conformément à la doctrine paulinienne (cf. Ph 4, 13: « Je puis tout en Celui qui me fortifie »), lorsqu’il esquisse le chemin vers la sainteté saint Josémaria enseigne à s’abandonner dans les mains de Dieu, sans autre complication. Cet abandon filial est fondamental. Jésus l’a inculqué à ses disciples de diverses manières, notamment par ces mots pleins de charme :

« Ne vous inquiétez pas pour votre âme de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. L'âme n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel, qui ne sèment ni ne moissonnent et n'amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? Qui de vous, à force de soucis, pourrait ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie? Et pourquoi vous inquiétez-vous pour le vêtement ? Observez les lis des champs, comment ils croissent : ils ne peinent ni ne filent. Or je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'était pas vêtu comme l'un d'eux. Si donc Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui est aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne le fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ? Ne vous mettez donc point en peine, disant : Que mangerons-nous ou que boirons-nous, ou de quoi nous vêtirons-nous? – c'est de tout cela en effet que les païens sont en quête –, car votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez premièrement le royaume [de Dieu] et sa justice, et tout cela vous sera donné en plus. N'ayez donc point de souci du lendemain, car le lendemain aura souci de lui-même : à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 25-34).

Pendant des exercices spirituels à Ségovie (Espagne) en octobre 1932, Josémaria, tout jeune prêtre à l’époque, se souvint que son confesseur lui avait dit de se demander : « Quel est le degré de perfection que Dieu me demande ?[4] ». L’abbé Álvaro del Portillo commente cette annotation des Cahiers intimes en écrivant que « le degré de perfection de première, de deuxième ou de troisième classe » n’est pas du genre à importer à saint Josémaria : « Ce qu’il veut, c’est faire la volonté du Seigneur en toutes choses, afin que le Seigneur le conduise au niveau de perfection qu’il souhaite pour lui : de la sorte, en se laissant porter à cette hauteur – quelle qu’elle soit –, le Père [i.e. Josémaria] est content, parce qu’il fait la Volonté de Dieu[5] ».

Dieu « nous a sauvés et nous a appelés par une vocation sainte, non à cause de nos œuvres, mais selon son propre dessein et selon la grâce qui nous a été donnée dans le Christ Jésus avant le commencement des siècles » (2 Tm 1, 9). La sainteté est la participation à la vie même de Jésus Christ. En nous greffant sur la vie du Fils de Dieu qui s’est incarné pour notre salut, non seulement nous parvenons à une perfection morale, mais encore nous participons à l’être même du Christ. Voici une réalité ontologique stupéfiante qui permet au bienheureux Jean Paul II d’affirmer : « Par la grâce reçue dans le baptême, l’homme participe à la naissance éternelle du Fils par le Père puisqu’il devient fils adoptif de Dieu : fils dans le Fils[6] ».

        

2. Qu’est-ce-que la sainteté?

Benoît XVI enseigne que « la mesure de la sainteté est donnée par la stature que le Christ atteint en nous, par la mesure dans laquelle, avec la force de l'Esprit Saint, nous modelons toute notre vie sur la sienne[7] ». On peut donc considérer le vocable « sainteté » en l’appliquant à la personne humaine selon trois perspectives. Par sa participation à la nature divine, elle est sainte dès son baptême[8] ;  par son agir droit, elle a une sainteté de vie ou une vie morale sainte ; la sainteté, finalement, peut être considérée comme une fin, car nul n’est saint ici-bas.

Quand le Seigneur a appelé ses disciples à la perfection, ce n’est pas vaguement ni symboliquement qu’il s’y est pris. Ses paroles n’admettent pas de demi-mesure. Avant de leur dire « Soyez parfaits », il leur a appris l’amour des ennemis: « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin que vous deveniez enfants de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et descendre la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5, 44-45). Ces mots jettent différentes lumières ; ainsi par exemple :

- la sainteté demande un certain héroïsme dans l’accomplissement des vertus : aimer ses ennemis signifie être très proche de Dieu, savoir pardonner et vouloir racheter le monde ;

- la sainteté est la plénitude de la charité, qui est la plus grande des vertus ; saint Paul l’appelle « la plénitude de la Loi » (Rm 13, 10) et « le lien de la perfection » (Col 3, 14). Par « lien », saint Paul désigne ce qui unit, comme les ligaments du corps, le fil d’un collier ou une chaîne : l’amour est le lien divin qui unit les croyants et, comme le dit le Catéchisme, « l’exercice de toutes les vertus est animé et inspiré par la charité[9] ». Saint Josémaria explique ainsi ce que la charité signifie : « Vouloir atteindre la sainteté – en dépit des erreurs et des misères personnelles, qui dureront aussi longtemps que nous –, cela signifie s'efforcer, avec la grâce de Dieu, de vivre la charité, plénitude de la foi et lien de la perfection. La charité n'est pas une chose abstraite ; elle veut dire s'engager réellement et totalement au service de Dieu et de tous les hommes ; de ce Dieu, qui nous parle dans le silence de la prière et dans le bruit du monde ; de ces hommes, dont l'existence s'entrecroise avec la nôtre[10] ». Saint Josémaria s’exclamait : « Cette charité ardente, qui dépassait de loin les plus hauts sommets de la solidarité humaine ou de la douceur de caractère, les premiers chrétiens l’ont bien mise en pratique ! Ils s’aimaient entre eux très fort, tendrement, dans le Cœur du Christ. Un écrivain du deuxième siècle, Tertullien, nous a transmis le commentaire des païens qui, touchés par la conduite des fidèles de l’époque, pleine d’un attrait surnaturel et humain, répétaient : Voyez comme ils s’aiment (Tertullien, Apologeticus, 39: PL 1, 471)[11] » ;

- « afin que vous deveniez enfants de votre Père qui est dans les cieux », dit le Christ selon le texte de Matthieu que je commente ici : perfection et filiation divine vont de pair. La sainteté n’est en effet pas autre chose que la plénitude de la filiation divine. Plus nous croyons et plus nous aimons, plus nous sommes fils de Dieu dans le Christ.

L’exigence de l’identification avec le Christ réclame que l’on connaisse sa vie : « En ouvrant le saint Évangile, songe que ce qui est rapporté là – les œuvres et les paroles du Christ –, tu ne dois pas seulement le savoir, mais le vivre. Tout, chacun des points relatés, a été recueilli dans le moindre détail, pour que tu l’incarnes dans les circonstances concrètes de ton existence. – Le Seigneur nous a appelés, nous autres catholiques, pour que nous le suivions de près et, dans ce Texte Saint, tu découvriras la Vie de Jésus. Mais en outre tu dois y découvrir aussi ta propre vie[12] » ;

- la sainteté est donc inséparable de la croix, qui consiste précisément à accomplir la volonté de Dieu par amour, et que la souffrance accompagne, sans que la joie ne manque pour autant.

D’autre part, le Christ a enseigné le commandement de l’amour. Saint Jean écrit que « nous aimons, car Lui nous a aimés le premier. Si quelqu’un dit : “J’aime Dieu” et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur, car comment celui qui n’aime pas son frère qu’il voit pourrait-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? Et nous, voici le commandement que nous avons reçu de lui : “Que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère ! ” » (1 Jn 4, 19-21). L’appel universel à la sainteté est donc aussi un appel à l’apostolat. Le fondement christologique en est évident : « Il n'est pas possible de séparer la vie intérieure et l’apostolat, comme il n’est pas possible de séparer chez le Christ son être de Dieu fait homme et sa fonction de Rédempteur. Le Verbe a voulu s’incarner pour sauver les hommes, pour qu’ils ne fassent qu’un avec lui[13] ». Sainteté et apostolat sont les deux faces de la même monnaie. « Voici un signe évident que tu recherches la sainteté : un salutaire, un bon “préjugé psychologique” – permets-moi de l'appeler ainsi – qui te fait penser aux autres de façon habituelle, en t'oubliant toi-même, pour les rapprocher de Dieu.[14] » En effet, le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que « la charité assure et purifie notre puissance humaine d’aimer. Elle l’élève à la perfection surnaturelle de l’amour divin[15] ».

 

3. Don de Dieu et lutte ascétique

La sainteté se construit dans le temps moyennant une lutte exigeante. Saint Paul le manifeste joyeusement aux Philippiens par l’image de la récompense aux courses du stade : « Ce n’est pas que j’aie déjà reçu le prix ou que j’aie déjà atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de le saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. Pour moi, frères, je ne pense pas l’avoir saisi, mais je ne fais qu’une chose : oubliant ce qui est derrière moi et me portant de tout moi-même vers ce qui est en avant, je cours droit au but pour remporter le prix du céleste appel de Dieu dans le Christ  Jésus »  (Ph 3,12-14). Saint Josémaria insiste sur la ténacité de cette lutte, jusqu’au bout : « La sainteté s'obtient avec l'aide de l'Esprit Saint – Lui qui vient habiter dans nos âmes –, moyennant la grâce qui nous est concédée par les sacrements, et une lutte ascétique constante. Mon enfant, ne nous faisons pas d'illusions ! Je ne me lasserai jamais de le répéter : toi et moi, nous devrons toujours nous battre – oui, toujours, jusqu'à la fin de notre vie. Et c'est ainsi que nous finirons par aimer la paix et que nous donnerons la paix, et que nous recevrons la récompense éternelle[16] ».

Le Catéchisme enseigne que « le chemin de la perfection passe par la croix. Il n’y a pas de sainteté sans renoncement et sans combat spirituel (cf. 2 Tm 4). Le progrès spirituel implique l’ascèse et la mortification qui conduisent graduellement à vivre dans la paix et la joie des béatitudes : “Celui qui monte ne s’arrête jamais d’aller de commencement en commencement par des commencements qui n’ont pas de fin. Jamais celui qui monte n’arrête de désirer ce qu’il connaît déjà” (S. Grégoire de Nysse, hom. in Cant. 8 : PG 44, 941C)[17] ».

La sainteté est ainsi l’œuvre conjointe de la grâce et de la lutte personnelle, sachant que toujours la grâce précède, accompagne et prolonge nos efforts. Il est compréhensible que saint Josémaria ait voulu inclure dans les Preces (c’est-à-dire les prières) de l’Opus Dei une oraison qui vient de la liturgie latine ; la collecte de la messe du jeudi après les Cendres dans le missel de Paul VI, en effet, et qui est ancienne (on la trouve déjà dans le missel de saint Pie V et dans le missel grégorien), prie avec ces mots : « Actiones nostras, quæsumus Domine, aspirando præveni and adiuvando prosequere: ut cuncta nostra operatio a te semper incipiat, et per te cœpta finiatur » : « Que ta grâce inspire notre action, Seigneur, et la soutienne jusqu’au bout, pour que toutes nos activités prennent leur source en toi et reçoivent de toi leur achèvement ».

La primauté doit être accordée à l’action de Dieu. En glosant les mots « Opus Dei », le cardinal Joseph Ratzinger soulignait que Dieu avait agi par le biais de saint Josémaria. En réfléchissant alors sur la sainteté, il affirmait :

C’est sous cet éclairage que se comprend même mieux ce que signifie sainteté et vocation universelle à la sainteté. En connaissant un peu l’histoire des saints, en sachant que dans les procès de canonisation est cherchée la vertu “héroïque”, nous avons presque inévitablement une conception erronée de la sainteté : “Ça n’est pas pour moi”, sommes-nous tentés de penser, “parce que je ne me sens pas capable de vivre les vertus héroïques : c’est un idéal trop élevé pour moi”. La sainteté devient alors une chose réservée à quelques “grands”, dont nous voyons les portraits sur les autels, et qui sont différents de nous, pécheurs courants. Mais c’est une fausse conception de la sainteté, une perception erronée qui a été corrigée – et cela me semble le point central – précisément par Josémaria Escriva.

Vertu héroïque ne veut pas dire que le saint fait une sorte de “gymnastique” de sainteté, quelque chose que les personnes normales ne réussissent pas à faire. Cela veut dire, au contraire, que dans la vie d’un homme se révèle la présence de Dieu ; elle se révèle dans ce que l’homme par lui-même et pour lui-même ne pouvait faire. Peut être ne s’agit-il au fond que d’un problème de terminologie, d’une mauvaise interprétation de l’adjectif “héroïque”. Vertu héroïque ne signifie pas à proprement parler que quelqu’un a fait par lui-même de grandes choses, mais que dans sa vie apparaissent des actes qu’il n’a pas accomplis lui-même, mais qui se sont réalisés parce qu’il a été transparent et disponible à l’action de Dieu. Dit autrement, être saint ça n’est rien d’autre que parler avec Dieu comme un ami parle à son ami. C’est cela la sainteté.

Être saint n’implique pas d’être supérieur aux autres ; le saint peut même être très faible, et avoir commis plein d’erreurs dans sa vie. La sainteté est ce contact profond avec Dieu, c’est se faire son ami : c’est laisser agir l’Autre, l’Unique qui puisse réellement rendre le monde bon et heureux. Par conséquent, si Josémaria Escriva parle de l’appel pour tous à devenir saints, il me semble qu’au fond il s’attache à sa propre expérience personnelle, de ne pas avoir fait de lui-même des choses incroyables, mais d’avoir laissé Dieu agir. Et est alors né un renouveau, une force de bien dans le monde, même si toutes les faiblesses humaines resteront toujours présentes. Nous sommes tous réellement capables, tous appelés à cette amitié avec Dieu, à ne pas lâcher les mains de Dieu, à ne pas cesser d’aller et de revenir au Seigneur, en parlant avec lui comme nous parlons à un ami, sachant bien que le Seigneur est effectivement le vrai ami de tous, même de ceux qui ne peuvent par eux-mêmes faire de grandes choses[18] ».

La sainteté s’atteint avec l’aide de Dieu « et une lutte ascétique constante[19] », a toujours enseigné saint Josémaria. Il parle de la « lutte intérieure[20] » pour souligner que c’est une lutte contre soi-même : contre les tentations, contre le péché ; en même temps, c’est la lutte remplie de la confiance d’un fils de Dieu. C’est pourquoi l’on doit toujours lutter par amour :

« Tu suis un plan de vie exigeant : tu te lèves tôt, tu fais ta méditation, tu fréquentes les Sacrements, tu travailles ou étudies beaucoup, tu es sobre, tu te mortifies..., mais tu remarques qu'il te manque quelque chose ! Considère donc cela pendant ton dialogue avec Dieu : puisque la sainteté – la lutte pour y parvenir – est la plénitude de la charité, tu dois reconsidérer ton amour de Dieu et à travers Lui, ton amour des autres. Peut-être découvriras-tu alors, cachés dans ton âme, de grands défauts contre lesquels tu ne luttais même pas : tu n'es pas un bon fils, ni un bon frère, ni un bon camarade, un bon ami, un bon collègue : et, comme tu aimes “ta sainteté” d'un amour désordonné, tu es jaloux. Tu “te sacrifies” sur beaucoup de “petits points personnels” ; c'est pourquoi tu es attaché à ton moi, à ta personne, et au fond, tu ne vis ni pour Dieu ni pour les autres : mais seulement pour toi[21] ».

Cette lutte est par conséquent une lutte positive afin de demeurer tout proche de Dieu et de croître en vertus, en sachant faire fructifier les talents qu’il nous a donnés. Saint Josémaria invitait à mettre au service des autres les facultés que Dieu nous a concédées, à aider autrui grâce à tous nos talents : caractère, qualités scientifiques, littéraires, artistiques, sportives. Il disait que nous devrons devenir des saints avec certains défauts que nous aurons toujours.

Dieu peut nous rendre saints et il compte à la fois sur le temps pour tout, car il nous revient d’exercer librement notre responsabilité : Dieu veut que nous l’aimions d’une liberté pleine. Saint Josémaria fut appelé par Jean Paul II « le saint de l’ordinaire » parce qu’il avait proclamé l’appel universel à la sainteté au milieu du monde : pour « Monsieur tout le monde », dirons-nous en empruntant une expression typiquement française, pour « les gens de la rue ». Il faudrait ajouter que le fondateur de l’Opus Dei invita à découvrir le sens de vocation de l’existence. Chaque personne a une vocation et doit parcourir un chemin que Dieu dessine en comptant sur sa collaboration ; chacun construit sa vocation, le cas échéant sans même en avoir conscience et sans s’être formellement engagé dans ce sens.

Cette vocation est à la fois lumière et force pour aller de l’avant. Celui qui fut pendant des décennies le secrétaire de Jean-Paul II raconte de lui ceci : « Un jour je l’entendis murmurer : Opus Dei – donum Dei, ce qui en polonais peut s’exprimer avec un jeu de mots : dany  zadany, ce qui veut dire que “les dons sont en même temps des tâches”[22] ». En réalité, tout ce que fait le baptisé se fait par Jésus Christ notre Seigneur, ainsi que prie la liturgie.

 

4. Au milieu du monde

 Saint Josémaria écrivit dans une lettre sur la mission surnaturelle de l’Opus Dei: « Nous sommes venus dire, avec l'humilité de celui qui se sait pécheur et peu de chose  – homo peccator sum [i.e. : je suis un homme pécheur] (Lc 5,8), disons-nous avec Pierre –, mais avec la foi de celui qui se laisse guider par la main de Dieu, que la sainteté n'est pas affaire de privilégiés : que le Seigneur nous appelle tous, que de tous il attend de l'Amour, de tous, où qu'ils se trouvent, de tous, quel que soit leur état, leur profession ou leur métier. Car cette vie courante, ordinaire, sans éclat, peut être un moyen de sainteté : il n'est pas nécessaire d'abandonner son état dans le monde, pour chercher Dieu, si le Seigneur ne donne pas la vocation religieuse à une âme, car tous les chemins peuvent être l'occasion d'une rencontre avec le Christ[23] ».

Saint Josémaria a clairement ressenti dans son âme cet appel universel à la sainteté et la mission de le diffuser. Il proclame que la perfection peut s’atteindre dans l’état où l’on est : le radicalisme de la vie chrétienne, total, sans fissure, jusqu’à l’héroïsme. Il ne s’agit pas d’arriver à la sainteté dans des circonstances exceptionnelles, mais de manière habituelle et ordinaire. C’est ainsi que le cardinal Joseph Ratzinger l’a exprimé en commentant, en 1993, quelques mots de saint Josémaria sur les années de vie cachée de Jésus à Nazareth :

Deux conséquences découlent de cette considération de la vie de Jésus, du profond mystère de la réalité d’un Dieu qui non seulement s’est fait homme, mais qui a assumé la condition humaine,  en se faisant en tout égal à nous, sauf pour le péché (cf. He 4,15). Avant tout l’appel universel à la sainteté, à la proclamation duquel le bienheureux Josémaria a notablement contribué, comme le rappelait Jean Paul II lors de son homélie solennelle  durant la messe de béatification. Mais encore, pour donner consistance à cet appel, la reconnaissance du fait que l’on arrive à la sainteté, sous l’action de l’Esprit          Saint, par le biais de la vie quotidienne. La sainteté consiste en cela : vivre la vie quotidienne avec le regard fixé sur Dieu ; modeler nos actions à la lumière de l’Évangile et de l’esprit de la foi. Toute une compréhension théologique du monde et de l’histoire dérive de ce noyau, comme l’attestent, de façon précise et incisive, beaucoup de textes du bienheureux Escrivá.

“Notre monde – proclamait-il dans une homélie – est bon parce qu'il est  né bon des mains de Dieu. C'est l'offense d'Adam, c'est le péché d'orgueil de  l'homme qui a brisé l'harmonie divine de la création. Mais une fois venue la  plénitude des temps, Dieu le Père a envoyé son Fils unique qui, par l’œuvre du Saint-Esprit, a pris chair en Marie toujours Vierge pour rétablir la paix afin que, rachetant l'homme du péché, adoptionem filiorum reciperemus (Ga 4, 5), nous soyons constitués en enfants de Dieu, capables de participer à l'intimité divine ; pour qu'il soit ainsi donné à cet homme nouveau, à ce nouveau rameau des enfants de Dieu (cf. Rm 6, 4-5), de délivrer l'univers entier du désordre en rétablissant toutes choses dans le Christ (cf. Ep 1, 9-10), lui qui les a  réconciliées avec Dieu (cf. Col 1, 20) (Quand le Christ passe, n. 183)”.

Dans ce texte splendide, les grandes vérités de la foi chrétienne (l’amour infini de Dieu le Père, la bonté originelle de la création, l’œuvre rédemptrice du Christ Jésus, la filiation divine, l’identification du chrétien avec le Christ…) sont mentionnées afin d’illuminer la vie du chrétien et, plus particulièrement, la vie du chrétien qui vit au milieu du monde, engagé dans les occupations séculières multiples et complexes. Les perspectives dogmatiques de fond se projettent sur l’existence concrète laquelle, à son tour, pousse à reconsidérer, avec un intérêt inédit, l’ensemble du message chrétien : de la sorte il se produit un mouvement en spirale qui implique et soutient la réflexion théologique[24] ».

Pour cheminer vers la sainteté, point n’est besoin d’autre consécration que celles du baptême et de la confirmation, ainsi que l’affirme saint Josémaria. « Est apôtre le chrétien qui se sent greffé sur le Christ, identifié au Christ par le baptême ; habilité à lutter pour lui par la confirmation ; appelé à servir Dieu en travaillant dans le monde par le sacerdoce commun des fidèles, qui confère une certaine participation au sacerdoce du Christ ; cette participation, tout en étant essentiellement distincte de celle qui constitue le sacerdoce ministériel, donne la capacité de prendre part au culte de l’Église, et d'aider les hommes dans leur route vers Dieu, par le témoignage de la parole et de l'exemple, par la prière et par l'expiation[25] ».

En effet, explique le fondateur de l’ Opus Dei, « la participation spécifique du laïc à la mission de l'Église consiste précisément à sanctifier ab intra [i.e. : de l’intérieur] – de manière immédiate et directe –  les réalités séculières, l'ordre temporel, le monde[26] ».

Les prêtres ont le sacerdoce commun des fidèles et, en outre, le sacerdoce ministériel : ils doivent servir leurs frères dans la foi pour les aider à répondre à l’appel à la sainteté et à l’apostolat, et ils le font spécialement par la prédication de la Parole de Dieu et la célébration des sacrements : en particulier, l’Eucharistie, sacrement auquel tous les autres sont ordonnés, et qui est « le centre et la racine de la vie spirituelle du chrétien[27] ». Saint Josémaria pose une question rhétorique dans une homélie qui devint fameuse: « Que sont les sacrements – empreintes de l'Incarnation du Verbe, comme l'affirmaient les anciens – sinon la manifestation la plus claire de ce chemin que Dieu a choisi pour nous sanctifier et nous mener au ciel ? Ne voyez-vous pas que chaque sacrement témoigne de l'amour de Dieu, dans toute sa force créatrice et rédemptrice, qui nous est concédé à l'aide de moyens matériels ? Qu'est l'Eucharistie – imminente déjà – sinon le Corps et le Sang adorables de notre Rédempteur, qui nous sont offerts à travers l'humble matière de ce monde – le vin et le pain –, à travers les éléments de la nature, cultivés par l'homme (cf. Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, n. 38), ainsi qu'a voulu le rappeler le dernier concile œcuménique[28] ? » L’Eucharistie nous porte à mener une vie d’amour ; le sacrement de pénitence, à retourner vers l’amour divin qui nous lave, nous pardonne, nous transforme. Sainteté et vie sacramentelle sont inséparables. C’est pourquoi, lorsqu’il parle du Peuple de Dieu, après avoir énuméré les sept sacrements le Concile Vatican II conclut : « Pourvus de moyens salutaires d’une telle abondance et d’une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père[29] ».

Saint Josémaria a prêché maintes fois sur les premiers chrétiens comme des fidèles courants, mariés ou non, qui cherchaient la sainteté dans toutes les activités terrestres. « Si l'on tient absolument à faire une comparaison pour comprendre l'Opus Dei, le plus simple est de songer à la vie des premiers chrétiens. Ils vivaient à fond leur vocation chrétienne ; ils recherchaient sérieusement la sainteté à laquelle ils étaient appelés par le fait, simple et sublime, du baptême. Ils ne se distinguaient pas extérieurement des autres citoyens » ; il continuait en affirmant que les fidèles de l'Opus Dei « sont des citoyens ordinaires ; ils accomplissent un travail ordinaire ; ils vivent au milieu du monde, y étant ce qu'ils sont : des citoyens chrétiens qui entendent satisfaire pleinement aux exigences de leur foi[30] ».

Dans la Lettre à Diognète, un païen inconnu réfléchit avec noblesse sur ce qui n’était pour beaucoup qu’une abominable race humaine[31], ou tout du moins, aux origines, une superstition orientale : le christianisme. Vers l’an 150, l’auteur décrit ce qu’il observe avec droiture : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leurs soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. […] Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares suivant le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. […] En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde[32] ».

Saint Josémaria avait souvent recours à ce témoignage. Pour illustrer la grandeur de la vocation chrétienne, il voulut citer dans Amis de Dieu cet autre passage de la Lettre à Diognète sur les premiers chrétiens : « L’âme habite dans le corps et pourtant elle n’est pas du corps, comme les chrétiens habitent dans le monde mais ne sont pas du monde. Invisible, l’âme est retenue prisonnière dans un corps visible : ainsi les chrétiens, on voit bien qu’ils sont dans le monde, mais le culte qu’ils rendent à Dieu demeure invisible. […] Immortelle, l’âme habite une tente mortelle : ainsi les chrétiens campent dans le corruptible, en attendant l’incorruptibilité céleste. L’âme devient meilleure en se mortifiant par la faim et la soif : persécutés, les chrétiens, de jour en jour se multiplient toujours plus. Si noble est le poste que Dieu leur a assigné, qu’il ne leur est pas permis de déserter[33] ».

S’il est vrai qu’aujourd’hui nul n’ose nier frontalement l’appel universel à la sainteté, dans la pratique nombreux sont les chrétiens qui remettent au lendemain, quand ce n’est pas à la fin de leur vie, la prise au sérieux de l’idée qu’ils peuvent être saints ; ils ne sont pas peu ceux qui, au fond, pensent que cela est impossible. Saint Josémaria était conscient de cette ignorance pratique ou théorique, et il insistait sur le fait que tous les gens doivent prendre conscience du fait que Dieu les veut saints dans la vie que chacun est appelé à avoir : « La sainteté : combien de fois prononçons-nous ce mot comme s'il sonnait creux. Pour beaucoup, c'est même un idéal inaccessible, un lieu commun de l'ascétique, et non une fin concrète, une réalité vivante. Ce n'était pas la conception des premiers chrétiens qui se qualifiaient, avec beaucoup de naturel et très fréquemment, mutuellement de saints : tous les saints vous saluent (Rm 16, 15), saluez chacun des saints dans le Christ Jésus (Ph 4, 21)[34] ».

 

5. Le concept de sainteté dans l’histoire de l’Église

L’histoire de l’Église a connu beaucoup de réponses à l’appel évangélique à la sainteté. Après les premiers chrétiens, au deuxième siècle les ermites allaient combattre le diable au désert. En Égypte, saint Antoine le Grand en revient pour être parmi les gens et les guider dans leur vie spirituelle. La coutume de la vie commune se développa beaucoup avec les monastères à partir du IVème siècle. Saint Benoît  naît à la fin du Vème : il écrira pour les moines du Mont Cassin une « règle » qui prévoit trois promesses à faire devant autrui : « Avant d’être reçu, il promettra devant tous à l’oratoire, persévérance, bonne vie et mœurs, et obéissance[35] ». Aujourd’hui presque tous les moines suivent cette Règle en Occident, en particulier plus de vingt congrégations bénédictines.

Au XIIIème naissent les premiers ordres religieux, avec saint François d’Assise (1181 ou 1182-1226) et sainte Claire (1193 ou 1194-1253), et avec saint Dominique (1170-1221). L’idéal de vie chrétienne en arriva ainsi à se modeler sur le renoncement des choses de la terre, un élément qui définit l’état religieux[36]. Sur les religieux, le Concile Vatican II enseigne que « par la profession des conseils évangéliques ils ont répondu à une vocation divine de sorte que, non seulement morts au péché (cf. Rm 6, 11) mais encore renonçant au monde, ils ne vivent que pour Dieu seul[37] ».

Ce don de soi revêt une grande force d’attraction : « Les religieux, fidèles à leur profession, abandonnant tout pour le Christ (cf. Mc 10, 28) le suivent lui comme l’unique nécessaire (cf. Lc 10, 42 ; Mt 19, 21) [38] ». Grâce au témoignage des religieux, dit Jean Paul II, « le regard des fidèles est appelé à revenir vers le mystère du Royaume de Dieu, qui agit déjà dans l'histoire, mais qui attend de prendre sa pleine dimension dans les cieux[39] ». Que de bien tant de religieux et de religieuses ont-ils fait et font encore aujourd’hui dans le monde entier, non sans une merveilleuse Providence de Dieu, et que de bien continueront-ils de faire ! À côté d’une œuvre d’évangélisation  vraiment désintéressée et souvent jusqu’au martyre, on doit à de nombreux ordres, aux congrégations religieuses et aux autres réalités de la vie religieuse des avancées gigantesques dans la culture, par exemple l’art, l’enseignement et les sciences[40], sans compter avec le soin des pauvres et des malades : en Europe, jusqu’à voici quelques décennies, c’était très souvent des religieuses qui s’occupaient des malades et des vieillards dans les hôpitaux (on les appela d’abord « hôtel-Dieu pour cela) et les hospices, et dans plus d’un endroit la diminution des religieuses, ou leur renvoi, fait cruellement sentir leur absence. Les besoins de l’évangélisation ont entraîné au XVIème siècle, la naissance des clercs réguliers, par exemple avec saint Ignace de Loyola (vers 1491-1556). Avec son Introduction à la vie dévote (1609), saint François de Sales  apprend à pratiquer la dévotion à ceux qui ne vivent pas éloignés du monde.

Mais c’est surtout au XXème siècle qu’un certain processus de rapprochement du monde s’est produit chez les religieux, qui arrivent parfois à prendre l’apparence de laïcs, tant par la manière de s’habiller que par leur travail dans des activités séculières. Leur état cependant continue d’être distinct de celui des fidèles courants. D’autre part les instituts séculiers ont fait leur apparition en 1950.

Ce que je souhaiterais signaler ici c’est le fait que les religieux, avec leur différence et le fait de se mettre à part du monde d’une manière ou d’une autre  – réalités compatibles avec tant d’activités qu’ils entreprennent dans le monde pour le bien de l’Église et de la société – remplissent une fonction sainte et féconde dans l’Église, dans la spécificité même de leur état : comme le dit la Constitution dogmatique Lumen gentium, « les religieux, de leur côté, en vertu de leur état, attestent d’une manière éclatante et exceptionnelle que le monde ne peut se transfigurer et être offert à Dieu en dehors de l’esprit des Béatitudes[41] ». Saint Josémaria avait l’habitude de raconter que sa prise de conscience de la nécessité pour lui d’être généreux avec Dieu était liée au fait d’avoir perçu le sacrifice d’un carmélite qui marchait nu-pieds dans la neige[42]. Il conduisit plusieurs personnes à embrasser la vie religieuse et il eut beaucoup d’amis parmi les religieux[43], et ce dès les années trente[44] ; parmi eux, il y eut des fondateurs de nouvelles institutions ou réalités ecclésiales[45], sans parler des dialogues qu’il eut l’occasion d’entretenir avec un bon nombre de religieux[46].

Avec la sagesse de Gamaliel (cf. Ac 5, 34-39), saint Josémaria disait:  « Je ne bougerai jamais ne fût-ce que le petit doigt pour éteindre une flamme qui a été allumée en l’honneur du Christ : ce n’est pas mon rôle. Si l’huile qui brûle n’est pas bonne, elle s’éteindra toute seule[47] ». On conserve un manuscrit du fondateur de l’Opus Dei avec ces mots : « Une de nos grandes missions est de faire aimer les religieux[48] ». En toute fidélité, le Prélat de l’Opus Dei, dans sa lettre pastorale à l’occasion de l’Année de la foi convoquée par Benoît XVI, exalte le rôle de la famille qui favorise « l'apparition de vocations de don à Dieu dans le sacerdoce ou au service de l'une des multiples autres formes de réalités ecclésiales, séculière ou religieuse[49] ». Il ne pourrait en aller d’une autre façon : l’appel universel à la sainteté fait éclore, entre autres, des vocations à la vie religieuse qui, à leur tour, contribuent à la diffusion croissante de ce même appel. La vie religieuse est aussi promue par de nombreux « mouvements[50] » et par de nouvelles communautés très variées, sur lesquelles il n’est pas nécessaire de s’arrêter ici. Ce n’est d’ailleurs pas le lieu pour décrire l’élargissement du concept de « religieux » à celui de « vie consacrée », dans une riche diversité dont certains auteurs considèrent qu’elle continue de se mouvoir dans l’orbite de la notion de « religieux[51] ».

C’est un fait, cela dit, que la proclamation de l’appel universel à la sainteté n’a pas toujours été réalisée dans toute sa clarté, et qu’elle a connu une histoire paradoxale, comme l’observe José Luis Illanes : « pendant longtemps, sa reconnaissance a coexisté avec son obscurcissement[52] ». D’aucuns n’ont pas tiré toutes les conséquences de l’appel universel à la sainteté et ont même présenté l’état religieux comme le plus élevé. On parle à cet égard d’ « état de perfection » ou d’ « état des conseils », en référence aux vertus de chasteté, pauvreté et obéissance ou, pour mieux dire, en rapport à une manière déterminée de pratiquer ces vertus : une manière pleinement légitime au demeurant, mais qui n’est pas l’unique qui soit valide en vue de la plénitude de l’idéal chrétien. En réalité, ce serait évidemment une erreur – contraire à ce que Vatican II a proclamé – que de considérer que le radicalisme de la vie chrétienne ne se vit que dans les ordres et congrégations religieuses[53].

Cette atmosphère dans laquelle l’appel à la sainteté se trouve relativement obscurci explique ce point ce Chemin : « Tu as l'obligation de te sanctifier.  – Toi aussi. Qui pense que c'est une tâche exclusivement réservée aux prêtres et aux religieux ? Le Seigneur a dit à tous, sans exception: “Soyez parfaits, comme mon Père céleste est parfait”[54] ». Tout au long de l’histoire de l’Église, la vocation des religieux a connu des formes diverses successives, développant ainsi une capacité de croissance et d’adaptation qui manifeste sa richesse. Mais il faut signaler clairement que l’Œuvre n’est pas un maillon de cette chaîne, car elle naît dès le début avec un esprit essentiellement séculier, reflet essentiel d’une présence « naturelle » dans le monde. Saint Josémaria a maintes fois souligné que les antécédents sont à chercher dans la vie simple des premiers chrétiens. Les traits essentiels en sont la sanctification au milieu du monde, dans le travail, la famille, toutes les nobles activités temporelles ; et ceci doit être vécu dans une pleine unité de vie entre le chrétien et l’humain, et dans une pleine sécularité, attitude spirituelle qui, comme le note José Luis Illanes, affirme à la fois la consistance et la valeur des choses temporelles nées de la Création et l’ouverture du monde à la transcendance[55].

Comme l’avait bien compris le futur pape Jean Paul Ier, « Escriva de Balaguer va, à bien des égards, plus loin que François de Sales. Ce dernier prêche aussi la sainteté pour tous, mais il semble n'enseigner qu'une “spiritualité des laïcs”, alors qu’Escriva veut une “spiritualité laïque”. François en effet suggère presque toujours aux laïcs les mêmes moyens que ceux qu'emploient les religieux, avec les ajustements opportuns. Escriva, lui, est plus radical: il parle carrément de “matérialiser” – dans le bon sens – la sanctification. Pour lui c'est le travail matériel lui-même qui doit se transformer en prière et en sainteté[56] ».

Qu’est-ce donc qu’un laïc et quelle est sa vocation propre ? La réponse apportée par la Constitution dogmatique sur l’Église semble insurpassable, quarante ans après sa promulgation : « Sous le nom de laïcs, on entend ici tous les fidèles, en dehors des membres de l’ordre sacré et de l’état religieux reconnu dans l’Église qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de Dieu, et participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le Peuple chrétien. Le caractère séculier est propre et particulier aux laïcs. […] La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu. Ils vivent au milieu du siècle, c’est-à-dire engagés dans tous les divers emplois et travaux du monde, dans les conditions ordinaires de la vie familiale et sociale dont leur existence est comme tissée. À cette place, ils sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l’esprit évangélique, et pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d’espérance et de charité. C’est à eux qu’il revient, d’une manière particulière, d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ et soient à la louange du Créateur et Rédempteur[57] ».

Depuis 1928 l’Opus Dei est venu rappeler à tous les chrétiens l’appel universel à la sainteté au milieu du monde ; de là que saint Josémaria aimait répéter : « se sont ouverts des chemins divins sur la terre[58] ». La doctrine qu’il proclama fut confirmée par le Concile Vatican II (1965), comme le rappelait le pape Jean Paul II à des fidèles de l’Opus Dei au cours d’une homélie à Castelgandolfo : « Votre institution a pour fin la sanctification de la vie en demeurant dans le monde, à son poste de travail, dans sa profession : vivre l’Évangile dans le monde, en vivant immergés dans le monde, mais pour le transformer et le racheter par l’amour du Christ. Grand idéal vraiment que le vôtre. Dès le début, il a anticipé cette théologie du laïcat qui devait par la suite caractériser l’Église du Concile et de l’après-Concile […] : vivre uni à Dieu, dans le monde, dans quelque situation que ce soit, en s’efforçant de devenir meilleur, avec l’aide de la grâce, et en faisant connaître Jésus Christ par le témoignage de sa vie. Qu’y a-t-il de plus beau et de plus enthousiasmant que cet idéal ? Mêlés intimement à cette humanité joyeuse et douloureuse, vous voulez l’aimer, l’éclairer, la sauver[59] ».

 

G. Derville
Janvier 2013

 

 

Bibliographie complémentaire en espagnol

 

Ernst Burkhart -Javier López, Vida cotidiana y santidad en la enseñanza de san Josemaría, vol. I, Rialp, Madrid 2010, 198-239.

José Luis Illanes, Tratado de Teología espiritual, Eunsa, Pamplona 2007, cap. VI Vida cristiana y llamada a la santidad, 127-153.

Pedro Rodríguez, Opus Dei: estructura y misión. Su realidad eclesiológica, Cristiandad, Madrid 2011, cap. III El Opus Dei en la Iglesia: de la vida a la misión, 59-84.

 

 

 



[1] On pourrait encore traduire : « Un point c'est tout ! ». Ce témoignage de Mgr Pedro Rodríguez est corroboré par les Notes prises au cours d'une méditation, 8 février 1959, Archives Générales de la Prélature, bibliothèque, P06, II p. 669.

[2] Concile Vatican II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 40; cfr. nn. 39 y 41; Const. past. Gaudium et spes, nn. 35, 38, 48 etc. Rappelons que LG est promulguée le 21 novembre de 1964.

[3] Saint Josémaria, Amis de Dieu, n. 7.

[4] Saint Josémaria, Cahiers Intimes, nº 1692 (10 octobre 1932), cité par Pedro Rodríguez dans, Camino [Chemin], édition critico-historique, Rialp, Madrid 20043, commentaire du point 754, note 7 p. 865.

[5] Álvaro del Portillo, ibidem.

[6] Jean Paul II, Homélie, Nursie (Italie), 23 mars 1980, n. 2.

[7] Benoît XVI, Audience, 13 avril 2011.

[8] Cf. Concile Vatican II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 40.

[9] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 1827.

[10] Saint Josémaria, Entretiens, n. 62; cf. Conversaciones, éd. critico-historique préparée par José Luis Illanes et Alfredo Méndiz, Rialp, Madrid 2012.

[11] Saint Josémaria, Amis de Dieu, n. 225.

[12] Saint Josémaria, Forge, n. 754.

[13] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, 122.

[14] Saint Josémaria, Forge, n. 861.

[15] Catéchisme de l’Église Cathólique, n. 1827.

[16] Saint Josémaria, Forge, n. 429.

[17] Catéchisme de l’Église Cathólique, n. 2015.

[18] Joseph Ratzinger, Laisser Dieu agir, article publié dans L'Osservatore Romano, à l’occasion de la canonisation de Josémaria Escrivá, 6 octobre 2002 ; cf. http://www.opusdei.fr/art.php?p=4759

[19] Saint Josémaria, Forge, n. 429.

[20] Cf. Saint Josémaria, Chemin, chap. Lutte intérieure, nn. 707-733; Quand le Christ passe, Homélie La lutte intérieure, nn. 73-82.

[21] Saint Josémaria, Sillon, n. 739.

[22] Cardinal Stanislaw Dziwisz, Dono e compito, dans Pontificia Università della Santa Croce. Dono e compito: 25 anni di attività, Silvana Editoriale, Milano 2010, 94.

[23] Saint Josémaria, Lettre 24-III-1930, 2, cit. dans Andrés Vázquez de Prada, Le fondateur de l’Opus Dei. Vol I. Seigneur, que je voie !, Le Laurier – Wilson & Lafleur, Paris – Montréal 2001, 300.

[24] Joseph Ratzinger, Message inaugural au Symposium théologique “Sainteté et Monde” sur le fondateur de l’Opus Dei. Symposium théologique organisé par la faculté de théologie de l’athénée romain de la Sainte Croix (aujourd’hui université pontificale de la Sainte Croix), du 12 au 14 octobre 1993.

[25] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 120.

[26] Saint Josémaria, Entretiens, n. 9.

[27] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 87. Le Décret Presbyterorum Ordinis emploie cette expression au n. 14 pour l’appliquer aux prêtres, puisque ce sont eux qui font l’objet du document.

[28] Saint Josémaria, Entretiens, n. 115.

[29] Concile Vatican II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 11.

[30] Saint Josémaria, Entretiens, n. 24.

[31] Cf. Tácite, Annales, 15, 44.

[32] Lettre à Diognète, V,1-2.4 et VI,2, in Sources Chrétiennes (1997) 33 bis, p. 62-65 (PA

396-400) ; traduction de Henri Irénée Marrou.

[33] Lettre à Diognète, VI, 2-4.8-10 in Sources Chrétiennes (1997) 33 bis, p. 64-67 (PA 396-400) ; je suis la traduction de Henri Irénée Marrou ; la Lettre est citée librement par saint Josémaria dans Amis de Dieu, n. 63 : « Les chrétiens sont pour le monde ce que l’âme est pour le corps. Ils vivent dans le monde mais ne sont pas mondains, de même que l’âme est dans le corps alors qu’elle n’est pas corporelle. Ils habitent toutes les nations comme l’âme qui est partout dans le corps. Ils agissent de par leur vie intérieure sans se faire remarquer, comme l’âme le fait de par son essence... Ils vivent en pèlerins au milieu des choses périssables dans l’espoir de l’incorruptibilité des cieux, comme l’âme immortelle vit maintenant sous une tente mortelle. Ils se multiplient jour après jour sous les persécutions comme l’âme s’embellit par la mortification... Et il ne leur est pas plus licite d’abandonner leur mission dans le monde, qu’il n’est permis à l’âme de se séparer volontairement du corps ».

[34] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 96.

[35] Saint Benoît de Nursie, La Règle, 58, 17, in Sources Chrétiennes (1972) 182, p. 630-631, traduction de Adalbert de Vogüé ; orig. : « de stabilitate sua et conuersatione morum suorum et oboedientia ». Sur la stabilité et la persévérance, et la relation au monastère, cf. Sources Chrétiennes (1971) 186, pp. 1322-1323.

 

[36] Ainsi par exemple, les trois vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance que font de nombreux religieux manifestent-ils un esprit de renoncement à la concupiscence de la chair, aux richesses et à la volonté personnelle.

[37] Concile Vatican II, Décret Perfectæ caritatis, n. 5.

[38] Ibidem.

[39] Jean Paul II, Exh. ap. post-synodale Vita consecrata, 25 mars 1996, n. 1.

[40] Cfr. par exemple Benoît XVI, Discours, Rencontre avec le monde de la Culture au Collège des Bernardins, Paris, 12 septembre 2008 : « Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable ».

[41] Concile Vatican II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 31.

[42] Cf. Andrés Vázquez de Prada, Le fondateur de l’Opus Dei. Vol I. Seigneur, que je voie !, Le Laurier – Wilson & Lafleur, Paris-Montréal 2001, 96.

[43] Cf. les témoignages de religieux et religieuses recueillis dans Testimonios sobre el fundador del Opus Dei, Rialp, Madrid 1994, 447 p. Cf. aussi José Carlos Martín de la Hoz, Un amigo de san Josemaría: José López Ortiz, OSA, obispo e historiador, dans “Studia et Documenta” 6 (2012) 67-90; Aldo Capucci, San Josemaría e il beato Ildefonso Schuster (1948-1954), dans “Studia et Documenta” 4 (2010) 215-254.

[44] Cf. par ex. José Luis González Gullón, Josemaría Escrivá de Balaguer en los años treinta: los sacerdotes amigos, dans “Studia et Documenta” 3 (2009) 41-106.

[45] Cf. par exemple témoignages du Bienheureux José María García Lahiguera (1903-1989), archevêque, fondateur des Oblates du Christ prêtre (Congrégation approuvée en 1950) et de Mgr José López Ortiz, de l’ordre de saint Augustin, évêque, in Un homme de Dieu. Témoignages sur le fondateur de l'Opus Dei, Le Laurier, Paris 1992. L’ouvrage Testimonios sobre el fundador del Opus Dei, Rialp, Madrid 1994, comprend aussi des témoignages sur d’autres réalités ecclésiales,  par ex. Mgr Juan Hervas Benet (1905-1982), grâce auquel les Cursillos de Cristiandad se développèrent (1949) : « cet homme de Dieu [saint Josémaria] contribua à la croissance d’une entreprise qui n’était pas la sienne, et il manifesta beaucoup de charité et de compréhension à l’égard d’une méthode de spiritualité et d’apostolat laïque qui empruntait des chemins distincts du sien » (p. 202) ; vid. sur ce point Francisca Colomer, La relación personal entre san Josemaría Escrivá de Balaguer y Mons. Juan Hervás a través de sus cartas, dans “Studia et Documenta” 4 (2010) 185-213. Le Père Joseph-Marie Perrin, dominicain connu notamment pour l’aide spirituelle qu’il dispensa à Simone Weil (1909-1943), m’a personnellement raconté, en 1992, combien il fut aidé, pour sa fondation (Caritas Christi) par Mgr Escrivá et par l’abbé Álvaro del Portillo. Il m’écrivit le 22 janvier 1992 ce témoignage, à propos de Mgr Escriva : « Je ne rappelle toujours cet entretien que nous avons eu, qui a fondé notre amitié, une amitié qu’il me promit avec intensité et sur laquelle je compte encore, aujourd’hui, alors qu’il a été rappelé à Dieu ».

[46] Par exemple, ne fût-ce que durant le Concile Vatican II, cf. Carlo Pioppi, Alcuni incontri di san Josemaría con personalità ecclesiastiche durante gli anni del Concilio Vaticano II, dans “Studia et Documenta” 5 (2011) 165-228.

[47] Saint Josémaria, cité par Álvaro del Portillo, Entretien sur le fondateur de l’Opus Dei, réalisé par Cesare Cavalleri, Le Laurier, Paris 1993, cap. 5, p. 78.

[48]Saint Josémaria, Autographe, facsimilé publié par la Postulation Générale de l’Opus Dei, Le bienheureux Josémaria Escrivá, Fondateur de l’Opus Dei, Rome 1992, p. 117. Il s’agit du livret qui fut publié à l’occasion de la béatification. Il est beau de noter que le miracle retenu pour cette béatification ait été la guérison d’une tumeur qu’avait une carmélite, Sœur Concepción Bullón Rubio, et que le cardinal Édouard Gagnon, sulpicien en fut le rapporteur (1990-1991), alors que le  rapporteur général de la Cause était le P. Ambrogio Eszer, dominicain.

[49] Javier Echevarría, Lettre pastorale à l’occasion de l’année de la foi, 29 septembre 2012, n. 25, sur http://www.opusdei.fr/art.php?p=50865. Mgr Javier Echevarría dit en fait littéralement dans l’original espagnol « vie consacrée ». Il revient sur la question dans son intervention au Synode des évêques sur la nouvelle évangélisation en 2012 : cf. Synodus Episcoporum, Bulletin 12, 12 octobre 2012, 2-3: “de ce ministère [au confessionnal] des vocations fleuriront  pour le séminaire et la vie religieuse et des vocations de bons pères et mères de famille ».

[50] Cf. José Luis Gutiérrez Gómez, La Prelatura del Opus Dei y los movimientos eclesiales. Aspectos eclesiológicos y canónicos, en http://www.collationes.org/de-documenta-theologica/iure-canonico/item/436. En anglais : item/586. Disponible aussi en allemand et italien sur le même site.

[51] Cf. Carlos José Errázuriz, Corso fondamentale sul diritto nella Chiesa, vol. I, Giuffrè, Milano 2009, pp. 261-275.

[52] José Luis Illanes, Tratado de Teología espiritual, Eunsa, Pamplona 2007, 138.

[53] C’est l’un des inconvénients du livre Les états de vie du chrétien de Hans Urs von Balthasar. Dans son article Riflessioni su un’opera di Hans Urs von Balthasar (“Annales Theologici” 21 [2007] 61-100), Paul O’Callaghan indique quelques aspects d’une réflexion qui montrent les limites des fondements théologiques de Balthasar : ces aspects sont relatifs au début de l’humanité, à l’identité du Christ et à celle de ses premiers disciples, à la valeur paradigmatique de la vie religieuse, au sens de l’obéissance et du célibat sacerdotal (cf. http://www.collationes.org/doctrinalia-ductu/themata-actualium/item/199-riflessioni-su-un%E2%80%99opera-di-hans-urs-von-balthasar).

[54] Saint Josémaria, Chemin, 291. Références antérieures dans Pedro Rodríguez, Camino, édition critico-historique, Rialp, Madrid 20043, commentaire du point 291.

[55] Cf. José Luis Illanes, “Secularidad”, en César Izquierdo - Jutta Burggraf – Félix Mª Arocena (eds.), Diccionario de Teología, Eunsa, Pampelune 2006, pp. 926-932.

[56] Albino Luciani, Chercher Dieu dans le travail quotidien, dans Gazzettino di Venezia, 25 juillet 1978. Un mois avant son élection au siège de Pierre, le cardinal Luciani, Patriarche de Venise,  futur pape Jean Paul Ier, a écrit cet article sur l’esprit diffusé par saint Josémaria : la sanctification du travail, la réponse à l’appel universel à la sainteté. Cf. http://www.opusdei.fr/art.php?p=12375

[57] Concile Vatican II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 31.

[58] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, 21.

[59] Jean Paul II, Homélie, Castelgandolfo, 19 août 1979.