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Un père de famille livre quelques expériences pratiques et des considérations simples et pertinentes pour la vie conjugale et familiale - Javier Vidal Quadras

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Javier Vidal-Quadras, Un père de famille livre quelques expériences pratiques et des considérations simples et pertinentes pour la vie conjugale et familiale, dans www.collationes.org

 

Un père de famille livre quelques expériences pratiques et des considérations simples et pertinentes pour la vie conjugale et familiale.

 

1. Les différents stades de l’amour conjugal

Le fait de savoir que dans la vie conjugale il existe plusieurs étapes dans la découverte graduelle de l’autre conjoint et dans les requêtes d’un amour véritable peut vraiment aider les personnes mariées, surtout à partir des 5 à 7 premières années du mariage.

a) Être attiré physiquement

C’est normalement le premier élan de l’amour conjugal, mais pour les conjoints qui prétendent s’installer à ce stade les conséquences sont pernicieuses car l’incapacité de transcender cette sensation pour qu’elle conduise d’abord à un profond sentiment puis à un amour solide, amène inéluctablement à traiter la personne comme une chose, comme un objet.

A ce niveau, on en vient vite à se dire : si je n’ai plus cette sensation d’attirance physique, je vais devoir m’en chercher un / une autre qui me la procure. Alors, ce niveau-là, serait-il mauvais ? Pas du tout. L’erreur tient à le considérer comme essentiel et en rester là. En réalité c’est là que l’amour commence, mais ce n’est pas là qu’il va se réaliser. Ce n’est ni un but, ni une finalité. Il s’agit d’un niveau qu’il faut dépasser, je ne dis pas abandonner, mais dépasser et, qui plus est, enrichir par les autres niveaux qui le justifient et l’élèvent, qui l’humanisent.

b) S’éprendre

C’est ce qui, au-delà de l’attraction physique permet de dire : comme je suis bien avec toi! C’est un niveau plus élevé que le premier qu’il englobe et qu’il assume. On découvre petit à petit la personnalité du conjoint, ses qualités morales, sa façon d’être. Certains s’installent dans ce sentiment agréable, voire enivrant. Mais il ne suffit pas de s’y complaire,  il faut vraiment tomber amoureux du conjoint, car,  tout comme au niveau précédent, si ce doux sentiment disparaît, on peut croire que l’amour s’est éteint et l’on peut être tenté de remplacer son conjoint par un autre qui fera sentir ce que l’on n’éprouve plus auprès du premier. S’éprendre est bon en soi et il faut cultiver ce sentiment tout au long de la vie de couple, mais ce n’est pas l’objectif du parcours ni l’essence de l’amour. Il faut aller plus au fond.

c) Vouloir aimer

Ce niveau est pleinement humain. C’est celui de la volonté intelligente et libre qui décide d’aimer le conjoint, de se livrer à lui pour le rendre heureux, au-delà des sensations et des sentiments éprouvés. Une volonté qui, pour ainsi dire, tient fortement le cœur et le conduit où elle veut : vers la personne aimée, à tout moment, en tout lieu et en toute circonstance. Une volonté qui se dit : j’aime et je veux aimer de plus en plus. Il faudrait pouvoir se dire : « Je ne t’ai pas épousé/e seulement parce que je t’aimais mais pour t’aimer chaque jour davantage ». La personne mariée est tenue de construire cet amour conjugal au jour le jour.

Le mariage est une “promesse” d’amour et non seulement un “pacte”, une convention. « Il est aujourd’hui fréquent d’avoir une version faible et ”pactisante” de l’amour consistant à accepter qu’il puisse être interrompu. Vivre selon cette idée conduit à l’abandon des promesses : personne ne veut engager son choix futur parce que l’amour est compris comme une convention dont on attend toujours des bienfaits » (R.Yepes).

2. Chasteté matrimoniale: “affirmation affirmative” et “négation affirmative”.

a) “Affirmation affirmative”

La vertu de la chasteté dans la vie conjugale porte le conjoint à cultiver positivement l’amour envers l’autre, en faisant preuve d’ingéniosité. Voici quelques suggestions : consacrer quelques minutes par jour à penser aux preuves d’affection et de délicatesse envers l’autre ; lui dire souvent qu’on l’aime et le remercier lorsqu’il le dit à son tour. Tâcher de le surprendre par une attention délicate et inattendue, qui montre qu’on s’intéresse à lui ; trouver des moments pour être ensemble, se parler, se reposer à deux, dans les meilleures conditions possibles et cultiver l’attirance réciproque.

b) “Négation affirmative”

Il s’agit d’éviter tout ce qui peut refroidir cet amour. Le sens de cette « négation » est éminemment positif : il s’agit de faire grandir l’amour conjugal.

Il faut savoir garder les distances vis-à-vis des personnes de l’autre sexe dans le cadre du travail, de l’étude, des voyages, etc. Le fait d’être mariés ne doit pas conduire à  ôter de l’importance aux familiarités avec d’autres que son conjoint. Les preuves de confiance que l’on a vis-à-vis de son conjoint sont à éviter avec d’autres. Par exemple : faire tout pour ne pas se trouver seul à seul avec quelqu’un de l’autre sexe, dans une pièce, dans une voiture, dans un voyage professionnel, etc. Ne pas traiter avec lui/elle des problèmes personnels dont on ne parle qu’avec son conjoint, ne pas écouter ce type de confidences intimes qui peuvent créer des liens, ne pas rechercher chez d’autres la « compréhension » qu’on ne trouve plus chez son conjoint, etc. On est facilement naïfs sur ce point-là et on oublie que souvent quelqu’un/une d’autre est épisodiquement mieux placé/e que le conjoint pour avoir le beau rôle.

Il est faux de croire que l’on peut se permettre d’être moins précautionneux avec des personnes de l’autre sexe moins agréables physiquement. L’expérience montre que c’est dans ces cas-là qu’on se livre plus facilement à la confidence inappropriée et que l’on crée des espaces d’intimité insignifiants au début (le problème d’un enfant, des projets familiaux que l’on dévoile, un conseil pour un cadeau à son conjoint) qui tissent tout un réseau de fils ténus, difficiles à couper, qu’on ne perçoit pas négativement jusqu’au jour où parce qu’on est plus sensible ou moins sur ses gardes, on peut tomber dans une grave infidélité.

De nos jours,  on serait porté à insister davantage sur ce qu’il faut se refuser, étant donné les multiples attraits de l’ambiance. Cependant « l’affirmation affirmative » est plus importante. Il faut encourager les personnes mariées à conquérir leur conjoint, à l’aimer comme il souhaite l’être, à savoir créer un vaste espace d’intimité matrimoniale, à partager les pensées, à livrer opportunément son état d’esprit, à chercher à ne faire qu’un seul cœur.

3. L’amour des parents, condition pour l’éducation des enfants.

« L’amour ferme des parents est une condition indispensable pour qu’il y ait dans la famille le climat qui permet la formation du caractère des enfants (...). Il y a bien sûr toute une panoplie de recommandations, de techniques, de formules, de processus et de recettes positives pour atteindre l’objectif de la formation des enfants. Cependant tous ces procédés ne seraient qu’une tête d’épingle dans l’univers profond et vaste de l’amour familial où ils sont mis en pratique ; ils ne seraient que des coups d’épée dans l’eau s’ils n’étaient pas inclus dans le cadre de l’amour familial » (C.Llano)

« Quand on met un enfant au monde, on est tenu d’essayer de le rendre heureux. Pour ce faire (…) on est surtout tenu de rendre heureux son conjoint, malgré  tous ses défauts. Pour être heureux, les enfants ont besoin de voir que leurs parents le sont. L’enfant n’est pas heureux lorsqu’on le couvre de baisers, ou de cadeaux, mais seulement lorsqu’il peut partager l’amour heureux de ses parents. Si maman est brouillée avec papa, elle aura beau le câliner, l’enfant ressentira une blessure profonde. En effet, ce qu’il veut c’est partager, en famille, l’amour de ses parents entre eux. Engendrer un enfant revient ainsi à s’engager à rendre heureux son conjoint »  (U. Borghello).

4. Engagement psychologique: “brûler les navires”

Le conjoint qui ne s’engage pas totalement dans son couple par peur d’être déçu ou dépité, provoque précisément ce qui l’effraie et qu’il voudrait éviter. Sans cet engagement total il est plus attentif aux défauts qu’aux vertus et se permet des comparaisons qui  provoquent sa désillusion. Par ailleurs, il oublie que dans un certain sens, la « désillusion » fait partie de la nature de l’amour. Les désillusions atteignent toujours l’amour mais elles sont une occasion pour le raffermir car seul l’amour est capable de voir au-delà et de découvrir chez l’être aimé non seulement ce qu’il est mais ce qu’il peut arriver à être s’il bénéficie de toute notre confiance. Dans la vie de couple, on peut être souvent déçu parce que son conjoint n’agit pas toujours comme on l’attendait de lui. Or cela ne doit pas être un frein, mais un élan pour l’aimer de façon plus désintéressée. « La porte du bonheur ne s’ouvre pas vers l’intérieur » a-t-on dit, et celui qui ne pense qu’à lui ne fait que la fermer plus lourdement. « La porte du bonheur s’ouvre vers l’extérieur », vers les autres. En abordant la vie de couple avec l’idée de rendre son conjoint heureux l’on trouve son propre bonheur. Aimer demande du sacrifice, un sacrifice « bien rétribué » par ailleurs.

5. Actualisation de son engagement

Tous les soirs je devrais être en mesure de répondre affirmativement à ces deux questions : Ai-je su montrer mon amour à mon épouse, à mon époux ? S’en est-elle/il aperçu ?

Il faut savoir mettre en branle toutes ses énergies dans la vie familiale. Une négligence peut être perçue comme un manque d’amour, comme une déloyauté : « s’il a oublié de m’appeler, c’est qu’il ne m’aime plus », « s’il n’a pas accroché ce tableau au mur, cela veut dire que je ne compte plus pour lui », etc. ainsi, il se fait que l’on a souvent des jugements moins sévères vis-à-vis de tierces personnes alors qu’on est très exigeant vis-à-vis de son conjoint.

L’amour conjugal est “omnicompréhensif”. C’est ainsi que l’on aime lorsqu’on est là, lorsqu’on est absent, quand on parle, lorsqu’on se tait, avec les gestes et les appels, en se promenant, dans l’ascenseur, chez le médecin, au café, dans les tâches les plus banales du quotidien, partout.

Il faut considérer aussi que les comportements négatifs ont souvent un effet plus fort et provoquent une réaction plus immédiate que les positifs qui tout en agissant plus discrètement, ont un effet dans le long ou le moyen terme parce qu’ils ont une portée bien plus profonde. En effet, les premiers peuvent très bien ne laisser aucune trace si on sait rectifier à temps et demander pardon si nécessaire. Céder ne doit pas être vu comme un échec mais comme une réussite.

6. Réflexions sur la communication dans le couple

a) “Présomption d’innocence”

On sait combien il est important de s’habituer à penser du bien des autres or cela est essentiel dans les relations entre époux. Il faut cultiver « la présomption d’innocence” au niveau familial. Il faut se dire, par exemple : « ce qu’il/elle a dit m’a blessé, mais je sais qu’il/elle n’a pas voulu me faire du mal », ou bien « il/elle a tellement de choses dans la tête que logiquement il/elle a oublié ce que je lui avais dit » ou bien « c’est logique qu’il/elle soit en retard, il/elle a dû être retenu/e quand il/elle partait », etc. Il faut penser qu’en général « l’autre conjoint ne fait pas du mal volontairement ». Cette attitude ouverte permet d’envisager les situations négatives de façon plus paisible et constructive. Le conjoint affecté par la conduite de l’autre sait que celui-ci fait des erreurs plus par maladresse ou par ignorance que par mauvaise volonté. Il ne perçoit pas une intention négative dans le comportement de l’autre. Cela permet de se parler sans amertume et sans affrontements et de surmonter beaucoup de problèmes.

En revanche, il faut rejeter les pensées négatives : “Il n’a pas le temps de penser à moi”, “mes affaires ne l’intéressent pas”, “il ne veut que s’imposer”, etc. Penser que l’autre est responsable de notre mal-être personnel peut être très nocif pour la communication. Il faut aussi veiller à éviter les « mises en boîte » ironiques qui finissent par éroder la confiance.

b) Attention aux “espoirs cachés”

Ce qu’un conjoint attend de l’autre peut-être appelé “espoir caché ”. L’influence d’un modèle culturel ou de la publicité peut en être la cause. Il est important de faire le point sur tout cela car autrement ces attentes peuvent peser négativement quand le conjoint n’agit pas comme on espérait, et qu’il brise ainsi notre espoir.

Beaucoup gardent longtemps ces espoirs dans leur cœur, sans en parler, tout simplement, avec leur conjoint afin qu’il puisse essayer de les combler s’ils sont raisonnables. Si ce n’est pas le cas, il faut les abandonner. On se tait parfois parce que l’on croit qu’il n’est pas nécessaire d’en parler (« il/elle me connaît bien, il/elle sait ce que je veux, ou il/elle va le faire comme je pense ») ; parfois, l’on craint les divergences, la réaction de l’autre,  et l’on n’est pas rassuré ; d’autres fois l’on pense que l’amour peut tout et qu’il peut permettre de surmonter les difficultés, même quand nos espoirs ne sont pas satisfaits.

c) Savoir qu’il y a des différences dans la façon de communiquer et de réagir.

On a beaucoup écrit à ce sujet. Nous n’allons ici que mentionner quelques aspects courants.

Les questions. Les femmes s’en servent plus souvent pour maintenir une conversation et montrer qu’elles sont impliquées dans les sujets dont on parle. En revanche, les hommes ne les posent que quand ils veulent avoir un renseignement précis.

Il peut arriver que le mari s’efforce en vain de résoudre les problèmes que lui posent les questions de sa femme alors qu’en réalité elle ne cherche pas de solutions, les connaissant d’avance, mais la compréhension, et le commentaire gentil et personnel.

- La façon de traiter un sujet de conversation. Les maris ayant dit ce qu’ils avaient à dire s’estiment satisfaits, et ont tendance à ne pas en rajouter. Les épouses font des rapprochements et tendent à poursuivre la conversation pour atteindre l’objectif voulu, ayant souvent la désagréable surprise de constater qu’elles n’ont pas été écoutées puisque le mari estimait que le sujet était épuisé.

- Le détail des sujets abordés. Pour l’épouse, le fait de partager avec son mari dans le détail de ses pensées et de ses émotions est une satisfaction en soi. En revanche, celui-ci a plutôt tendance à parler politique, économie, sports, etc. S’il méconnaît ces tendances, il peut lui arriver de s’impatienter.

- La finalité de la communication elle-même. On doit savoir aussi que l’épouse tend à parler au mari de ses expériences pour les partager, tout simplement. Le mari peut prendre cela pour un échange sur des problèmes qui demandent une solution. Plus le sujet est récurrent, plus il y a de détails, plus les maris sont préoccupés. Ils en voient les difficultés, les complications et ils peuvent s’en attrister et penser qu’ils échouent puisque leur épouse n’arrive pas à se débarrasser de ces problèmes. Ils oublient que c’est un bon signe que l’épouse parle des menus faits de sa vie parce qu’elle a confiance : elle attend de l’intérêt, un appui et cherche la sérénité et la stabilité, et à être rassurée.

S’il y a des mésententes dans le couple, ces incompréhensions vont s’accentuer si on n’y remédie pas. Les femmes peuvent noircir le tableau avec des commentaires (parce qu’elles ne peuvent pas s’ en empêcher, souvent à leur insu) sur ce qui leur déplaît et elles ont besoin de s’épancher jusqu’au bout. En revanche, les maris ne bronchent pas devant une situation conflictuelle et se replient sur eux-mêmes, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne vont pas intervenir. En effet, il leur arrive parfois de décider ce qu’il faut faire et de ne pas impliquer leur femme dans ce processus.

À s’installer dans cette dynamique-là, on court le risque de créer des distances dans le couple par une radicalisation des caractères.

Il est donc important de comprendre que généralement l’autre n’étale pas ses émotions ni n’agit pas de telle ou telle façon pour enquiquiner le conjoint mais parce qu’il ne sait pas agir autrement.

-Malentendus sur la sincérité. Il faut démasquer deux déformations concernant la sincérité dans le couple:

a) Prétendre qu’il faut être totalement sincère. Si l’on pousse cette volonté d’intégrité à l’extrême, on sera entraîné  à vouloir absolument tout dire, non pas parce que cela intéresse le conjoint, ou parce qu’il veut l’entendre, mais parce qu’on place la sincérité par dessus la charité, en oubliant que veritatem facientes in caritate (Ep 4,15). On ne peut matériellement pas « tout raconter » : il faut savoir trouver un équilibre et faire des choix. Il y a aussi le jardin secret de la vie intérieure et de la relation avec Dieu qui est en partie incommunicable, tout comme le sont  aussi les tentations et les sollicitations auxquelles nous sommes tous soumis et qu’il serait indélicat et contreproductif de dévoiler en dehors de la direction spirituelle.

b) Le leurre de la “sincérité émotive”. Certains pensent à tort qu’on est plus sincère lorsqu’on dit tout ce qui nous traverse l’esprit quand on est fâché ou qu’on a perdu la maîtrise de soi. Cette erreur provoque de gros problèmes.

Ce qui est dit sous l’émotion n’est souvent pas ce que l’on pense (et dans ce sens, il ne s’agit pas de sincérité). On peut à des moments pareils chercher plus à faire du mal qu’à dire la vérité. Il faut savoir attendre, demander pardon et  dédramatiser la question.

- Le mythe de la “spontanéité”. On a tendance à croire que la spontanéité coule de source. Or dans le couple, la spontanéité ne va pas de soi, elle doit être le fruit de l’effort : il faut avoir chez soi la courtoisie et la délicatesse que l’on a ailleurs, faire que la gentillesse soit spontanée au lieu de penser que la spontanéité chez soi consiste à se laisser aller au caprice ou à la mauvaise éducation. Il y a par exemple des maris qui n’acceptent pas de « s’entraîner » à faire des compliments à leur femme (« ce n’est pas mon genre, je n’y arrive pas spontanément »)  et qui par ailleurs n’ont aucun mal à apprendre à jouer au golf, alors que c’est bien plus dur.

Il y en a d’autres qui se disent incapables de modifier certaines petites habitudes qui ne favorisent pas la convivialité (se mettre devant l’ordinateur ou attraper le journal, dès l’arrivée au foyer, prendre toujours le même fauteuil, parler négligemment à leur femme) et qui cependant passent d’un voiture automatique à une voiture manuelle, du frein droit du vélo, au frein à gauche du scooter, sans le moindre problème. Changer les routines n’est pas si dur que ça : accueillir son conjoint à son arrivée, lui donner ce que l’on a de mieux, manifester de l’intérêt pour ses affaires. C’est l’éducation de l’amour, un amour de volonté, de choix. Pour ce faire, il y a une règle toute simple : analyser si on n’est pas un peu gêné de voir que sa femme – qui souvent vient aussi de rentrer du travail - s’affaire à la maison, alors qu’on est plongé dans son journal. Quant à elle, il faudra qu’elle apprenne à s’installer de temps en temps à côté de son mari, même si elle a encore beaucoup à faire.

Les inerties figent l’amour puisqu’elles ne sont jamais le fruit d’un choix personnel mais des penchants à la commodité qui n’ont pas été tamisés par l’amour volontaire et partagé.

Très souvent elles sont involontaires et mimétiques (si ce n’était pas le cas, il faudrait les appeler par leur nom : l’égoïsme). Le simple fait de savoir qu’elles existent est un pas vers leur déracinement. Ensuite, il faut prendre une résolution et s’entraîner un peu à aimer.

d) Apprendre à rationaliser les mésententes

La mésentente est un enchaînement : on perçoit d’abord qu’on a été offensé de quelque manière ; ensuite, on se fâche; puis on est porté à répondre à l’offense et, finalement, on y répond.

Il faut se persuader, et ce n’est pas le cas de tout le monde, que les mésententes dans le couple ne sont pas bonnes. C’est vrai que souvent elles sont l’occasion d’un bien plus grand, si elles sont suivies d’une réconciliation. En effet, la relation du couple est renforcée après le pardon réciproque et tout semble renaître de ses cendres. Cependant ce n’est pas en soi le bon chemin pour construire un couple.

Pour surmonter la mésentente il faut en connaître le fonctionnement. La première réaction est l’offense ou la sensation d’avoir été offensé. On ne saurait l’éliminer tout à fait, mais la contrôler discrètement est à la portée de tous. Surtout si l’on est tout à fait persuadé que la plupart des offenses perçues n’en sont pas, n’existent que dans notre imagination ou sont le fruit de notre susceptibilité. Si l’on tâche d’en écarter au moins une “par mois” (à partir de demain ce travers de mon conjoint ne me dérangera pas… », dorénavant , le fait qu’il ne s’aperçoive pas de ceci ou de cela, ne me gênera pas… »), la joie familiale grandira à vue d’œil.

Le deuxième temps consiste à se fâcher. Si la première réaction est surmontée et que l’on n’est pas offensé, la colère va s’estomper. Et si elle vient à pointer ? On peut l’exprimer, sans plus. Ou bien on peut tâcher de comprendre pourquoi on est fâché, quelle est la raison réelle de ma colère ? Quelles circonstances  me pèsent? Cela vaut le coup de se poser ces questions de temps en temps pour ne pas mettre sur le dos du conjoint son propre problème. Qui est sincère avec soi-même, découvre presque toujours que la vraie cause du chagrin est liée à un ensemble de facteurs internes et que l’origine est plus en nous (défauts personnels, tensions au travail, mécontentements personnels) que chez l’autre.

Puis vient le troisième temps : répondre à l’offense, attaquer. Ici les experts sont unanimes: “comptez jusqu’à dix”, et recommencer, et encore dix fois, car si l’attaque a lieu, la blessure va se produire.

On peut être tenté de se dire qui si les colères et les tendances spontanées sont maîtrisées, on perd sa personnalité. Or c’est tout le contraire. Forger son caractère et développer sa personnalité consiste essentiellement à se maîtriser soi-même par amour de Dieu et des autres. Celui qui se maîtrise a du caractère, celui qui se laisse aller aux penchants de son tempérament est un faible. Ces penchants-là sont paradoxalement les moins humains puisqu’ils ne sont pas contrôlés par l’intelligence et la volonté.

7. Travail et famille. Du temps pour la famille dans une société pressée.

L’amour matrimonial a besoin de temps. C’est la relation qui engendre l’amour. À ce niveau, il est aussi très facile de se leurrer et de chercher des subterfuges matériels qui ne comblent jamais le besoin de partage que l’amour exige. La qualité du temps passée en famille agit toujours sur la quantité qui doit quand même être suffisante. On doit partir, sans se faire d’illusions, du temps réel dont on dispose et de là, construire une vie familiale la plus intense possible.

Les experts en orientation familiale parlent d’un outil efficace : l’agenda. L’agenda relève non seulement les engagements professionnels, les rendez-vous, mais aussi les temps que nous accordons à notre famille et à notre vie personnelle. Si le temps consacré à la famille tient la même place que les réunions « importantes », on ne l’oubliera pas. Autrement, il sera enseveli dans les urgences quotidiennes. Si nous avons un client qui veut nous voir à 19h30, et que ce jour-là nous avons prévu de rentrer chez nous à cette heure-là, on peut lui dire que nous avons une autre réunion, et prendre un autre rendez-vous avec lui. Si nous devons passer des coups de fils, il vaudra mieux le faire au bureau ( et peut-être  éteindre son portable à la maison à une heure précise).

Ce planning doit être fait avec le conjoint qui a aussi sa voix au chapitre. Il ne s’agit pas d’une affaire qui ne concerne que nous. On doit considérer que les heures sup. au travail, sont une façon de rogner du temps à la famille. Souvent, on est bien obligé de le faire, mais si on le fait avec l’accord de l’autre cela facilite la sérénité.

Qui veut sanctifier la vie ordinaire, doit chercher son “unité de vie”: ne pas créer de compartiments étanches, le travail, la famille, les relations, etc. L’unité de vie demande que tout soit informé par l’amour de Dieu et orienté vers sa gloire.

Apprendre à faire de la Sainte Messe le “centre et la racine” de la vie chrétienne est essentiel, orienter ainsi tout vers la Messe pour en tirer la force de tout élever à la gloire de Dieu.

En faisant de la sanctification du travail professionnel la charnière, le gond de la vie chrétienne, il faut se dire qu’un gond ne sert à rien s’il n’y a pas de porte, tout comme une porte ne marche pas sans gonds. Le travail est ainsi un axe, ce qui ne veut pas dire qu’il est plus important que la famille, mais qu’il a une place particulière, il est l’axe, dans l’ensemble de la sanctification de la vie ordinaire.

8. Dans les crises: “ c’est moi qui ai la solution”

“Dans les difficultés de la vie relationnelle tous devraient savoir qu’il existe une seule personne sur laquelle il faut agir pour que la situation s’améliore: soi-même. C’est toujours possible. Cependant, d’habitude, on prétend que c’est l’autre conjoint qui doit changer et on a peu de chances de réussir (…). Si tu veux que ton conjoint change, change d’abord quelque chose en toi »   (U. Borghello).

Inutile d’attendre : nous avons la solution. Elle est entre nos mains. Si on le veut, l’amour nous aidera à surmonter la crise. Si on voit le problème et qu’on ne reconnaît pas qu’il faut changer pour que cela change, on devient le nœud même du problème. Évoquons encore ici le pardon, un pardon rapide, sans permettre que notre orgueil l’ensevelisse. Expliquons aux conjoints que cela demande aussi un entraînement: c’est dur au départ, mais dès qu’on a appris à le faire, les paroles et les gestes surgissent comme par enchantement et deviennent une nouvelle source d’amour.

9. Epilogue: du “toi et moi” au “nous”

Quand l’amour conjugal mûrit, il façonne un “nous” qui fait que la biographie individuelle devient une co-biographie. Ce « nous » demande l’instauration d’une œuvre commune, qui est essentiellement le bien des conjoints et l’ouverture de l’intimité conjugale aux enfants, c’est-à-dire à la famille. Le mariage est un engagement à intégrer sa biographie dans un projet commun, à fondre sa trajectoire personnelle dans la trajectoire conjugale. Autrement elle deviendra une intimité qui s’autocomplaît et il y aura deux égoïsmes côte à côte.

Cette communauté que crée le mariage, ce “nous”, est bien plus qu’une simple vie en commun. Il ne s’agit plus d’être “près de” ou “avec” l’autre conjoint. Il ne suffit pas de cela pour définir la communauté matrimoniale.

Le “nous” que crée l’engagement matrimonial se trouve dans un domaine plus profond. Le conjoint ne donne pas à l’autre ce qui lui revient, ni plus que ce qui lui revient et même pas plus que ce qu’il aurait pu rêver, parce qu’il ne s’agit pas de quantités, mais d’amour conjugal. Le « nous » matrimonial est fait de tout ce qui appartient aux deux parce que tout est mis en commun et renaît comme étant « à nous ».

C’est seulement ainsi qu’on est en mesure d’accueillir l’autre quand il ne peut pas ou ne veut pas donner. L’époux aime l’épouse (et réciproquement), non seulement comme lui même (cela il doit le faire avec toutes les personnes) mais “ de l’amour dont il s’aime lui-même » (J. Hervada). Les époux parviennent alors à “être une unité de vie unique pour toute la vie » (P.J. Viladrich).

J.V. Quadras
Février 2006

© J.V. Quadras 2006